mardi 24 avril 2012

Qu'est ce que vous voulez à la fin?


Le système des castes répond finalement à une aspiration que chaque homme partage, nous voulons la paix. Ne dit-on pas que l’on va en Inde se réconcilier avec soi même, trouver des réponses, trouver la réponse ? Les hordes d’occidentaux se divisent en deux cohortes, les touristes sensoriels, qui recherchent du jamais vu, du nouveau. Les autres viennent y boire une eau qu’on pense éternelle et originelle. « Ces gens là vivent depuis des millénaires de la même manière, peu d’incidents climatiques, une très large population, un pays de cocagne, dont la preuve est tout bonnement la densité et le nombre d’hommes ». Or on ne peut pas survivre dans de telles conditions si on se cantonne aux règles connues aujourd’hui. Une organisation dénuée de changement qui aurait pu subsister des millénaires doit avoir du bon. Et surtout elle doit éviter tout conflit. Comment éviter tout conflit si ce n’est en annihilant le désir, le progrès comme on l’entend, la croissance ? Tout d’abord, les castes sont une réponse à la volonté d’une société sans argent. On divise, on répartit, on récompense selon la tâche. Chacun troquant son travail contre un bien, un service. Tu es là, je suis là. Rien ne s’amasse donc rien ne se désire à part peut être l’amour et le jeu. En cela, n’intervient aucune infériorité a priori, aucune hiérarchie, juste une toile de réseaux et de coutumes qui se paie même le luxe de n’être pas codifié et enseigné, juste reproduit. L’école ? Juste vivre et observer. Mais une hiérarchie comme celle là appelle une mythologie, point de départ d’une morale, qui dessine la société, ou l’inverse, on ne sait. La mythologie créé des conflits mais y répond. D’une part, elle codifie l’être, le non être. Le sacré, le profane. Le privé, le public. De l’œuf ou de la poule ? On sait que la mythologie énonce des principes par des dieux, des rituels, des interdits, du dégout. Dès lors, la division des métiers devient difficile à tenir. Le yoga, l’hindouisme, placent bien évidemment le monde de l’esprit au dessus de tout. On atteint un état de renonciation au monde. Or certains sont dans leur métier plus ancrés dans les choses que d’autres. Le barbier, l’éboueur, le croque-mort, sont plus au contact des réalités qu’il faut dédaigner que le savant qui ne s’occupe que de l’esprit et des choses célestes, le militaire qui est la base du système, le défendant de l’ennemi extérieur et de l’ennemi intérieur qui pourrait le vicier.  Peut être le risque est-il aussi important dans la répugnance aux basses tâches, tout comme la défense de la viande a des conséquences sanitaires. Pourquoi celui-là est prêtre ? La question a peut être été posée, peut être pas, toujours est-il qu’on y a donné une réponse. On donne une réponse à tout ce qui pourrait être demandé. Le dégout de n’être toute sa vie que cantonné au corps et ses ordures, cheveux, excréments, déchets, alors que la mythologie à laquelle on appartient place la pensée au sommet de tout ne peut être atténué que par la mythologie elle-même. Or d’une part, on répond déjà par la renonciation à toute chose matérielle. Et puis, la mythologie s’organise en cycles, cycles historiques, cycles de temps, cycle de vie. Je suis l’éboueur mais ai été autre dans une autre vie, serait autre dans une autre vie. Tout ceci fait partie du même ordre. Je sens et vis des émotions passagères, ce n’est rien. A cela s’additionnent les notions de bien et de mal et on obtient une organisation en trois dimensions qui nous fait être là plutôt que là. L’abscisse est le temps cyclique, l’ordonnée la valeur de bien et de mal. Je m’explique par ces deux notions. Puisqu’il n’y a pas de début, je ne cherche pas de raison à ma présence et par conséquence aux choses comme elles vont. Puisqu’il n’y a pas de fin, toute accumulation est superflue, tout progrès autre que vers la sagesse est inutile. L’ascension ou la descente qui définit toute la vie d’un juif ou chrétien n’a plus de sens. Tout se rejoint et c’est par une acceptation complète du cycle que la fin arrive, non comme un jugement mais comme une reconnaissance. L’enfer est déjà ici, toute fin sera une bénédiction. Et pour qu’elle arrive, mieux vaut être patient et prendre le masque que l’on nous tend pour cette vie. Il serait faux de penser que l’hindou se dit « à quoi bon ? », il sait que cela est bon. Mais l’absence de conflit veut-elle dire le bonheur ? C’est bien une question ici. On ne sait qui décide, qui décida, probablement personne et tous. Citez une chose qui vous manquerait : vaut-elle la guerre éternelle ? Gesticuler dans l’adolescence ne mène pas loin, la maturité viendra, comme elle est déjà venu. Il faudra longtemps avant que le monde se calme et revienne finalement à la paix, mais elle reviendra, et qui fermier, qui sabotier, qui barbier, chacun a une place là bas.

1 commentaire:

  1. J'ajouterais un commentaire suivant ma rencontre avec Monsieur Deleuze: plutôt que le troc que j'évoque, je pense qu'il conviendrait de parler de dette. Chacun a une dette à durée indéterminée mais à quantité finie envers son prochain, que cela soit de l'eau remontée du puits ou des cérémonies religieuses, chacun s'acquitte d'une dette envers les autres qui eux aussi ont une dette envers elle/lui.

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