mardi 24 avril 2012

A toi


On va peut être arrêter les balivernes et parler sérieusement. Tout d’abord cela va faire cinq ans que vous êtes là, il faudrait voir à ne pas l’oublier et à ne pas revenir devant les Français avec un discours comme un refrain de mauvaise chanson d’amour : « Je peux changer ». Qu’est ce qui va changer exactement ? Qu’est ce que vous n’avez pas pu faire en cinq ans que vous pourriez faire maintenant ? Devant vous, on a envie de dire bravo, excellent candidat. Seul hic, les Français en ont assez des candidats prodiges qui se transforment en présidents cancres. On ne compte plus les promesses faites qui n’ont pas été tenues.
Regardons dans les rues, dans les campagnes la France de 2012. Quelle joie chez nos concitoyens ! Quelle prospérité ! Quel pouvoir d’achat ! Plus un sans abris à la rue n’est-ce pas ? Une France rassemblée, puisqu’ensemble, tout était possible ! On ne peut pas vous donner tort. Le rassemblement est nécessaire et beau, c’est la France, c’est la France comme on l’aime ! Seul petit problème, ce rassemblement vous n’avez jamais su le faire, on peut même penser que vous n’avez jamais voulu le faire ! Mais pensez donc ! La crise ! Et puis l’Europe ! Et puis vous ne vous rendez pas compte, on ne peut rien faire ! Eh bien si, on peut faire lorsque l’on a des idées qui vont à plus long terme que les deux mois précédant l’élection. Lorsqu’on a une idée pour la France, et pas seulement pour un cercle de privilégiés.
Mais soit, du passé faisons table rase, c’est ce que vous nous proposez non ? On oublie tout ? On oublie la division de la société entre riches toujours plus riches et pauvres toujours plus pauvres qui n’avait jamais été telle que durant les cinq dernières années. On oublie les délocalisations massives, les actionnaires aux mains pleines et les 1 millions de chômeurs supplémentaires. On oublie ! Si Jacques Chirac tenait à appeler François Mitterrand un « simple candidat » en 1988, pour lui enlever la prestance du président de la république, on a envie de faire la même chose pour vous, mais pour vous aider, pour ne pas vous mettre dans l’embarras en vous rappelant que vous avez été le président pendant cinq longues années. Mieux vaut ne pas se targuer de l’action présidentielle, de la stature que vous avez donnée à la fonction, les concitoyens ont fait les frais de cette berlusconisation, mieux vaut ne pas y revenir. On oublie.
C’est formidable de pouvoir oublier comme ça, d’un jour sur l’autre. De pouvoir être pour puis contre. L’Europe, le vote des étrangers, j’en passe et des meilleurs. Seulement la politique ce n’est pas l’oubli, car il y en a qui ne veulent pas être oubliés sitôt le soir du 6 mai, ce sont les citoyens, qu’on évitera de voir comme de simples « électeurs ». Ils en ont tout bonnement assez de l’oubli perpétuel, de la compassion, de la condescendance. Mais bien sûr que je vous comprends, dira-t-il. Vous souffrez, vous êtes en colère, vous n’en pouvez plus. Venez vers moi les égarés.
Après le large score de la candidate du Front National, on a eu droit à toutes les interprétations ! On dit de ces électeurs qu’ils sont fermés, qu’ils n’aiment pas les immigrés, et donc on se targue de pouvoir leur donner ce qu’ils veulent par des politiques de lutte contre l’immigration. Nicolas Sarkozy est le seul à avoir une politique migratoire, en face c’est régularisation et fin des frontières. Mais enfin de quel programme parle-t-on ? Les journalistes se grattent la tête et fouillent notre programme jusque dans les plus petits alinéas. Mais où est-ce qu’ils parlent de régulariser les immigrés massivement ? Je vais les aider et leur épargner des nuits sans sommeil, cela n’est nulle part dans le programme ! Par contre ce qu’on oublie et passe sous silence, c’est que chez nous non plus on n’aime pas beaucoup certains flux migratoires. On n’aime pas beaucoup les exils dans les paradis fiscaux, où les plus riches vont cacher leur argent pour ne pas participer à l’effort national. Parce que l’effort, ce n’est pas seulement celui qu’on met dans son travail, c’est aussi l’effort qu’on met dans la nation, et sur ce plan là, on peut dire que certains parviennent facilement à se défiler. On n’aime pas non plus les migrations de ces grandes compagnies françaises qui vont à l’étranger, et finissent par payer moins de 5% d’impôt sur les sociétés tandis que la PME française qui essaye de se développer doit en payer 30-40%. Qu’est ce qui a été fait pour en finir avec cette migration qui se passe depuis des années au nez et à la barbe de l’Etat ? Rien ! Les migrations de poste, les migrations de poste ! Ça non plus, on ne peut pas dire que nous les aimions beaucoup. Il n’y a qu’à faire un petit tour à Gandrange, qu’est ce que vous en dites ? Vous les aimez bien les ouvriers de Gandrange, et puis vous leur avez dit que, pour sûr, les emplois allaient rester. Mais ils sont où les emplois de Gandrange exactement ? En tout cas, ils ne sont plus en Moselle, ils ne sont même plus en France ni en Europe d’ailleurs. C’est bien de vouloir fermer les frontières à des pauvres miséreux, et puis c’est facile, ça ne mange pas de pain comme on dit. Mais quand est-ce que les flux financiers et les emplois seront soumis au même régime ? Les étrangers ne viendront pas voler le boulot des Français ! Ah ça évidemment quand tous les postes auront été délocalisés, il n’y aura plus rien à voler ! L’immigration que nous n’aimons pas, ce sont ces multinationales qui viennent s’implanter en France pour toucher les subventions et repartent en laissant les employés sur la paille. L’immigration que nous n’aimons pas, c’est un dictateur reçu en grande pompe dans les jardins de l’Elysée, l’un des lieux les plus sacrés de la République, où il est accueilli en ami et plante impunément sa tente. Voilà, l’immigration que nous n’aimons pas !
Quand allons-nous en finir avec cette politique de l’autruche ? Du bouc émissaire ?
Vous souffrez ? Vous n’allez pas bien dans votre travail ? Vous ne gagnez pas assez ? Oui mais regardez, ceux là, là. Ils ne font rien et gagnent autant que vous, c’est pas normal ! Il faudrait s’en prendre à eux d’abord ! Et puis ceux-ci, ils sont pas nés ici et ils viennent vous voler votre emploi ! Allez, plus d’argent pour les uns, les autres dehors ! Comment ça vous n’êtes toujours pas contents ? Ah bon, vous avez toujours autant de mal pour vivre ? Plus ? Et vos enfants n’ont pas d’avenir ? Mais ça ne se peut pas, il n’y a plus un seul fainéant, un seul profiteur, un seul assisté en France ! Ou bien, peut être qu’il y en a d’autres, que le problème ce sont les syndicats, les gens qui ont une autre religion ? Mais arrêtons ! Quand s’attaquera-t-on aux vrais problèmes une bonne fois pour toutes ? Les Français peuvent vraiment se poser cette question.
Pour ce qui est des réponses, nous en proposons une. On a essayé, sans relâche, de faire croire que nous n’avions aucun programme, mais pardon, on va peut être enfin pouvoir le dire, finalement, (tout bas) on a un programme. Ce programme il est vaste et on aura le temps d’y venir durant le débat, ce dont, je vous l’avoue, je me réjouis. On pourrait l’aborder tout de suite par des points forts mais, ce n’est pas une publicité pour de la lessive, nous allons le détailler et pas seulement bourrer le crâne avec quelques arguments massues. Ce programme, c’est la réponse en laquelle nous croyons, et à laquelle on ne vous demande pas d’apporter un vote inconscient, un vote de rejet, un vote de colère. La colère et le rejet peuvent être à la base de votre action mais la solution doit être choisie de façon lucide et apaisée.  Je ne vous demande pas forcément de voter pour ce projet, je vous demande de l’entendre, de le lire, d’en débattre. Et une fois que vous l’aurez fait, si vous sentez que c’est une réponse pertinente à vos attentes, à l’avenir de la France, eh bien, venez nous demander un engagement, l’engagement que nous ferons ce que nous disons, prenez nous pour responsables. Mais attention, si vous venez aux urnes avec une idée toute faite, des rêves pleins les yeux, sans savoir ce que le projet que nous vous proposons peut apporter, je préfère que vous ne votiez pas pour nous. Je vous le dis tout de go, ce qu’il y a dans notre projet, nous l’appliquerons, donc ne venez pas vers notre vote par le rejet, mais par la confiance. La confiance dans une autre voie possible, la confiance dans une politique qui redevient la politique et plus une suite de campagnes et d’élections. Une politique où les différents courants de la société sont représentés, et plus seulement une voie unique, assourdissante, sans discussion possible. Je le dis aux Français qui ne voteront pas pour moi, je vous reverrai dès le 7 mai, car avec moi, la politique et les discussions sur l’avenir de la France ne seront pas cantonnés, repoussés sans cesse aux élections présidentielles. Chaque assemblée, chaque corps législatif, chaque citoyen doit retrouver la place qui est la sienne, dans la construction de la France. Ce n’est pas un vote facile, c’est un vote responsable, mais également responsabilisant. Vous donnez une responsabilité inouïe au nouveau président, qui n’est plus issu de calculs politiques, de marketing et d’arithmétique d’élection, mais d’un choix humain et responsable.
Pour qui que vous votiez, je vous propose de partir sur de vraies bases, passés les discours qui vous promettent des merveilles en continuant avec toujours plus de ce qui n’a jamais marché, passée la cargaison des boucs émissaires, passés tous les faux semblants sur de vrais débats. Nous avons deux semaines magnifiques devant nous, remplies d’espoir, mais surtout profondément politiques, au cours desquelles les fondements de notre nation doivent être rétablis. Alors informez-vous, discutez, débattez, chez vous, dans vos entreprises, dans les cafés, dans les transports en commun, partout. Je m’adresse aux indignés, à ceux qui disent assez et je leur dis : c’est un printemps magnifique qui commence, donnez vous les moyens de le faire durer.

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